Bois sacrés : ce qui se cache derrière la forêt !

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Dans le cadre des Journées du patrimoine organisées à l’Institut français d’Alexandrie, il a aussi été question du patrimoine africain : les étudiants de l’Université Senghor ont présenté une exposition et proposé, le 14 novembre,  une table ronde pour expliquer ce que sont les « Bois sacrés » en Afrique.

En prenant l’exemple des bois sacrés partagés par le Bénin et le Togo dans le bassin forestier du Mono, les participants se sont interrogés sur la vitalité de ce phénomène ancestral et sa persistance, en dépit de nombreuses menaces, telle la poussée de l’urbanisation. L’article de LATEVI Edem Kodjo résume ci-dessous ce qu’il faut en savoir.

Le bois sacré, un patrimoine à redécouvrir et à valoriser !

Dans la zone transfrontalière du Togo et du Bénin, se situe le bassin du fleuve Mono où l’on retrouve un certain nombre  de bois sacrés. Ces derniers peuvent être des arbres anciens isolés ou de véritables ilots forestiers qui abritent, selon les croyances autochtones,  des divinités. Ils sont identifiables par la présence à proximité d’éléments rituels : canaris, cauris, ou idoles représentées en motte de terre,morceaux de pagne blanc ou rouge, etc.  

Tradition séculaire liée aux religions traditionnelles (dans cette région, il s’agit du Vaudou), le bois sacré demeure aujourd’hui au cœur de la vie des communautés.  Le culte dont il témoigne est officié par un grand prêtre ou une prêtresse,  car il n’est pas rare ici de trouver  des officiants femmes (c’est l’exemple de la forêt sacrée de Bè,  au cœur de la ville de Lomé – capitale du Togo-, où les femmes sont au premier plan).

La fonction du bois sacré est multiple : spirituelle, tout d’abord, car le bois sacré témoigne d’un rapport intense au transcendantal. Mais aussi fonction sanitaire : les prêtres ou les prêtresses sont de grands guérisseurs, des tradi-thérapeutes. Il a une fonction juridique et sociale, puisque le grand prêtre du bois sacré traite des conflits et des crises que traverse la communauté des croyants. La chefferie (et donc le pouvoir politique) elle-même y est liée directement : les cérémonies d’intronisation se font, pour la plupart, dans l’obscurité des bois sacrés.

Un héritage riche en biodiversité

De nos jours, les bois sacrés tiennent lieu de conservatoires de nature. Les sites sur lesquels on les retrouve,  étant  maintenus en l’état depuis plusieurs siècles, abritent une très grande diversité de la faune et de la flore,. Les principaux gardiens de ces trésors naturels sont les prêtes vodou. Ils pérennisent un mode de gestion des ressources  hérité des anciens – comme l’observation des périodes d’inactivité au sein de la forêt,les interdictions de prélèvement d’essences de bois, les interdictions de chasse etc. Les membres de la communauté ou les chasseurs et autres acteurs qui tirent profit de la forêt, respectent ces règles et font régulièrement des sacrifices pour remercier les divinités protectrices et pour la régénérescence des espèces prélevés.

Pour les scientifiques, c’est le paradis des  études ! Les espèces soigneusement préservées, les essences thérapeutiques  ont une grande valeur. Qui plus est, on y retrouve des espèces non recensées encore. Ces forêts constituent des réserves génétiques susceptibles de permettre une évolution de la recherche, avec des implications énormes pour la médecine.

N’oublions pas le bénéfice offert par ces réserves pour la culture et son développement. C’est un gisement inépuisable pour les industries culturelles !  Le bois sacré fait l’objet de plusieurs mythes et légendes qui peuvent servir de pré-texte pour les écrivains. Combien de nouvelles, de romans, de pièces théâtrales, de bandes dessinées peuvent voir le jour à partir de ces mythes et légendes. Koffivi Assem et Kanad  sont déjà sur la piste avec les chroniques de Lomé et Djitri, des BD qui puisent justement dans l’histoire du Togo. Le cinéma pourrait profiter pleinement de ce riche patrimoine. On se rappelle des retombées énormes du film Avatar de James Cameron. Le scenario de ce film qui, après 17 jours en salles avait rapporté plus d’un milliard de dollars, emprunte beaucoup au symbole du bois sacré. Une planète vivante avec des habitants en parfaite harmonie avec la nature !

LATEVI Edem Kodjo

Image de « une » : sculpture dans le bois sacré d’Osun Osogbo (Nigeria), inscrit au Patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO.






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