Écrire la Méditerranée : et aussi…

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Quelques moments forts des Rencontres littéraires : atelier cuisine pour les enfants, interview d’Alexis Jenni par des élèves de l’Ecole Girard. Et retour sur les tables-rondes du Caire.

Tout d’abord, le 9 avril, avait lieu un atelier pour enfants : La cuisine prise aux mots ! Il était animé par Marion Martini avec la participation des élèves de l’école Molière.

Autres photos :

— Le 11 avril, Écrire la Méditerranée faisait une escale au Caire

Table ronde 1 : écrivains égyptiens

Pour clore le festival « Écrire la Méditerranée », la soirée du 11 avril 2019 à l’Institut français d’Égypte au Caire s’est ouverte avec une table ronde mettant en avant deux écrivains égyptiens, dont certains ouvrages en arabe ont été traduits en français aux éditions Actes Sud. Mohammad Rabie a d’abord présenté son livre « La bibliothèque enchantée », dont l’histoire se déroule autour d’une bibliothèque oubliée dans un quartier périphérique du Caire. Mohamed Abdelnabi a ensuite présenté le sien : « La chambre de l’araignée ». Il a dit s’être inspiré de la réalité contemporaine de la condition homosexuelle en Egypte, et avoir utilisé une narration très simple, pour que tout le monde puisse bien la comprendre. L’éditeur Farouk Mardam-Bey (Sindbad/Actes Sud) a commenté les œuvres et la situation de l’édition en France en ce qui concerne la traduction d’ouvrages en arabe. Gilles Gauthier et Stéphanie Dujols, deux traducteurs de littérature arabe, ont également apporté leurs commentaires.

Table ronde 2 : « Quel sillon laissons-nous derrière nous ? »

Telle était la question conclusive posée par David Ruffel, responsable du Bureau du Livre de l’Institut français d’Égypte. Le modérateur de la dernière table ronde du Festival «Ecrire la Méditerranée» tentait ainsi de faire un pont entre les trois écrivains participants. Cette question faisait écho au titre du roman de Valérie Manteau «Le Sillon». Jean Bofane a alors repris les idées d’Alexis Jenni dans son livre « Féroces infirmes » : « Il faut ouvrir la parole. Si les parents se taisent, les parents vont parler ». Les auteurs avaient commencé par présenter chacun une de leur œuvre, et en lisant au public un court extrait.

Jean Bofane fait dérouler l’histoire de « La belle de Casa » dans un Maroc accueillant, alors que les migrants d’Afrique subsaharienne cherchent à rejoindre une Europe qui leur ferme ses portes. « Si l’homo sapiens, originaire d’Afrique, avait eu besoin de son visa pour entrer en Europe… » évoque l’écrivain. Il fait le choix de ne mentionner aucun personnage européen, si ce n’est sur l’autre rive de la Méditerranée, pour son rôle d’empêcher de passer en face de Gibraltar. Un Congolais parmi les migrants s’arrête à Casablanca, s’y établit pour monter une affaire avec une Marocaine, Ichrak. La jeune femme est retrouvée assassinée, pour des raisons que l’enquête ne parviendra pas à établir. Trop belle ? Trop libre ? L’écrivain n’a pas voulu répondre à ces interrogations, prétendant ainsi rendre un large hommage aux femmes.

L’inspiration de Jean Bofane, Congolais vivant à Bruxelles, vient de la très forte communauté marocaine qui habite dans la capitale de la Belgique et qu’il fréquente : « Un cri d’amour pour mes frères qui vivent avec moi en Belgique ». Le pays, ancien colonisateur de la République Démocratique du Congo, compte d’ailleurs plus de Marocains que de Congolais. Le roman a été écrit à Casablanca même, cadre de l’intrigue, mais sans la réinventer. La mégalopole lui rappelle Kinshasa, la capitale du Congo, notamment par sa taille imposante, et où des histoires similaires se déroulent.
David Ruffel a conclu l’échange en soulignant la déterritorialisation du public. Jean Bofane a en effet ajouté des notes de bas de page pour les expressions marocaines, chose assez classique. Mais il a aussi ajouté des explications pour les expressions congolaises et françaises, telles que « faire son Sarko », en référence à l’ex-Président de la République française Nicolas Sarkozy.

Dans le roman qu’il a présenté, « Féroces infirmes », Alexis Jenni aborde la guerre d’Algérie et ses conséquences psychiques durables. Il y établit une longue présentation, alternant entre l’époque de la guerre et aujourd’hui, et alternant entre la voix du père, vétéran, et la voix du fils. « Pour comprendre la violence, il fallait que le narrateur dise « je », et que le lecteur puisse se mettre dans sa peau ». L’auteur a notamment lu un extrait de l’œuvre, décrivant les centrales Bugey 2, 3 et 4 près de Lyon. Il a ensuite expliqué que le père « est comme une centrale nucléaire, avec un cœur qui rayonne de colère, inextinguible ». De sa vie privée, Alexis Jenni a aussi dévoilé que son grand-père qu’il n’a jamais connu a été un collaborateur. Il souhaite « comprendre l’OAS, ou les fascistes ». Surtout, il a insisté sur notre héritage : « On construit une ville nouvelle pour coloniser le futur, mais on apporte avec nous les fantômes du passé ». Il avait en tête la cité de la Duchère, dans le 9e arrondissement de Lyon, qui récupéré le monument aux morts d’Oran, et qui possède aujourd’hui son équipe de foot, son trafic de drogue et ses complots salafistes…

Valérie Manteau était sous le choc après les attentats à Charlie Hebdo, hebdomadaire où elle travaillait, provoquant la mort d’anciens collègues et amis. La recherche de décentrement fut ainsi l’une des causes de son déménagement à Istanbul. Dans la plus grande ville de Turquie, partagée entre une rive européenne et une rive asiatique, l’auteure s’inspire de l’assassinat en 2007 de Hrant Dink, journaliste arménien de Turquie, pour avoir défendu un idéal de paix, et du collectif place Taksim, réuni à l’origine contre un projet immobilier sur un petit parc sans grande prétention, mais qui donnera lieu à un mouvement protestataire de grande ampleur en 2013. Elle évoque l’existence de cafés où se rencontrent les jeunes acteurs et les intellectuels modernistes. Aujourd’hui, elle décrit une société contrastée et qui change sous la pression d’Erdogan, notamment l’interdiction récente de l’alcool en terrasse. Elle évoque aussi dans son ouvrage « Agos », le titre d’un journal turc bilingue arménien. « Agos » signifie dans les deux langues « sillon », l’auteure faisant ainsi deux références. La première est relative aux paroles de la Marseillaise : « qu’un sang impur abreuve nos sillons ». La deuxième pour faire le constat que, « tout comme la coexistence entre Turcs et Arméniens a disparu, les mots dont ils avaient en commun l’usage ont aussi disparu », les Turcs ayant renié l’origine arménienne de certains mots qu’ils emploient.

Thibault van den Bossche, étudiant à l’Université Senghor

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