Le tramway : changer pour mieux résister

Publié par

Le tramway d’Alexandrie, c’est un peu l’emblème de la ville. Il est beaucoup question de sa rénovation. Mais aussi d’un patrimoine à préserver.

En septembre 2018, l’association Save Alex organisait une opération « sensibilisation » autour d’un monument du patrimoine alexandrin : le tramway. Beaucoup de questions se posaient en effet sur les projets de rénovation du « plus vieux tramway d’Afrique » et l’un des plus anciens au monde (lancé en 1860). L’originalité de Save Alex a été d’attirer l’attention sur l’environnement du tramway et de ses stations, et notamment un très vieux café menacé de disparition, au pied de l’actuel Four Seasons (il a, depuis, été détruit). Un débat avait lieu à cette occasion, où un représentant de la société du tramway est venu expliquer ce qu’il en était, et notamment réaffirmer le souhait de préserver la physionomie générale du réseau, organisé autour des deux « lignes » historiques, la bleue et la jaune, malgré les transformations inévitables liées à sa modernisation.

En février 2019 était mise en service une nouvelle rame, symbolisant la nouvelle vision du tramway. Celle-ci cohabitera avec les anciennes voitures, parmi lesquelles un exemplaire (comme à l’origine tout en bois), est dédié aux touristes.

Rappelons à cette occasion l’exposition proposée en 2016 par l’Institut français d’Egypte, en collaboration avec l’Agence française de développement, engagée sur le projet de rénovation.

Récemment l’hebdomadaire Al Ahram est revenu sur cette destinée unique du tramway d’Alexandrie : lire l’article.

par Eid Ashraf

Le tramway : comment voyager dans la ville en prenant tout son temps

Boris, étudiant à l’université Senghor d’Alexandrie, livre ses impressions d’utilisateur du tramway. Intéressant regard de l’extérieur sur le paysage quotidien de la ville.

Prenez le tramway alexandrin un après-midi pour découvrir les multiples visages de la ville. Ce qui frappe est parfois le contraste du paysage, selon la ligne qu’on emprunte. Il y a deux lignes, celle de l’est et celle de l’ouest (intitulées n°1 ou 2, bleue ou jaune), et plusieurs voitures ou classes : VIP à 5 livres, populaire à 1 livre ou 50 piastres. Une dérivation de la ligne bleue vous fait découvrir des quartiers plus pauvres d’Alexandrie, où on s’éloigne de la corniche et de ses cafés situés au bas des immeubles. Ici la population présente des visages sans expression, on dirait sans perspectives, pianotant sur un téléphone sans marque distincte. J’aurai bien voulu lire les messages tagués ici sur les murs (je lis très peu l’arabe), que j’imagine peu recommandables dans ces zones où l’on voit moins la police.  On aperçoit pourtant de vrais personnages sur cette section de la ligne. Mais on sent chez eux tous une indifférence totale à ce qui se passe sur la corniche, dans la zone aux supermarchés et autres Fathala. Eux ont leurs souqs (marchés populaires) loin du marketing industriel. Vous n’aurez pas l’embarras du choix comme en grande surface. De la tomate fraîche au poisson péché dans la Méditerranée, il vous suffit de rentrer dans le marché pour qu’un démarcheur vous propose tout le circuit contre 5 guenieh.

Sur cette ligne du tram il vous arrivera de passer derrière l’énorme immeuble de San Stefano (34 étages). Vous revoilà dans la civilisation ! Mais cela ne dure que le temps d’un arrêt de 15 secondes. Toutefois, on dirait qu’après cette étape à San Stefano, tout redevient rose. Nos trois lignes convergent en une seule et il semble qu’il n’y a plus de différences entre les catégories. On redécouvre Alexandrie. Ses immeubles mal entretenus se font à nouveau face. On entend sonner le klaxon du tramway. Les gens crient (je n’ai toujours pas compris pourquoi crier autant, alors qu’on hèle quelqu’un situé à 5 mètres !).

Une curiosité : parfois le tram s’arrête et vous avez l’impression d’être déjà au terminus. Mais les à-coups dans les wagons vous signalent que le convoi va repartir.

Je pense que les Alexandrins sont habitués à ce rythme – j’ai mis du temps à comprendre et à l’intégrer. Vu qu’ils courent toute la journée et que les taxis et microbus se précipitent, je n’imaginais pas que le tram pouvait ainsi ralentir tout l’effort mis par ces populations débordantes d’énergie !  Peut-être profitent-ils du tram et de sa lenteur pour récupérer de la fatigue de la ville et de son stress. Une chose est sûre : je n’aurai jamais pu écrire ces quelques lignes si j’étais assis dans un bus ou un autre moyen de transport plus trépidant.

Fait sur le trajet entre Mahatat el-raml et Victoria (les deux extrémités de la ligne « bleue » de tramway)…

Boris Agossadou

Voir aussi :

Le tram en 4 étapes (sur la ligne du tramway, avec Al Ahram Hebdo)

Le légendaire tramway d’Alexandrie prend de l’allure (reportage d’Euronews)

Le tramway inspire même la création d’une radio underground : RadioTram

Le reportage vidéo sur l’opération menée par Save Alex

Hommage culturel au tramway bleu – Le tramway bleu, mis en service en 1860, est l’un des plus anciens au monde. En octobre 2016, l’AFD a organisé une exposition présentant l’histoire du tramway à la Bibliotheca Alexandrina. Elle a rencontré un large écho auprès du public et des médias.   Exposée à l’Institut Français d’Égypte à Alexandrie en novembre 2016, puis à la gare Ramsès au Caire en mars 2017, elle est de retour à Alexandrie, sur la place Raml. Cette exposition offre une plongée unique dans l’histoire du développement du Raml Tram d’Alexandrie, à partir de photos, de cartes et de films, pour la plupart inédits.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s