Patrimoine : églises célèbres à Alexandrie

Publié par

Visite des deux grands édifices religieux chrétiens d’Alexandrie : la Cathédrale Sainte Catherine, et la Cathédrale Saint Marc. Une plongée dans l’histoire ! Photos de Hani Sawiris, reportage de Naguib Mahfouz.

1/ La Cathédrale Sainte Catherine à Alexandrie : le berceau des Chrétiens à Alexandrie. La Cathédrale Sainte Catherine est un des chefs d’œuvres du patrimoine archéologique alexandrin, qui a connu plus de 165 ans d’histoire.  

Quelques mots sur la sainte, sans doute la plus célèbre de la Chrétienté, à laquelle est consacré l’édifice : Sainte Catherine est née à Alexandrie à la fin du troisième siècle d’une famille païenne. A l’âge de 18 ans, elle s’est convertie au christianisme. A 19 ans, elle est martyrisée en restant fidèle à Jésus Christ.  » L’Empereur Romain Maximos Daïa a essayé, en la confrontant à 50 philosophes, de la convaincre de rester païenne… mais c’est elle qui les a convaincus de devenir chrétiens ! Au Moyen Age elle a été l’objet d’une vénération considérable, surtout en France pendant les campagnes des Croisades » raconte le Père Franciscain Mokhles El Masri, prêtre de l’église Sainte Catherine.

L’histoire de La Cathédrale de Sainte Catherine : au douzième siècle l’église était un petit temple qui avec le temps s’est effondré. Plus tard les souverains de Naples sont les artisans du retour des Chrétiens en Terre sainte. La pieuse Sancha (ou Sancia), reine de Naples, envoie au XIVe siècle les moines franciscains pour établir une église destinée à servir les communautés chrétiennes étrangères d’Alexandrie. Entre 1847 et 1856, l’actuelle cathédrale est construite sur un terrain concédé par Mohammad Ali Pacha.  » A cette époque, parmi les communautés étrangères il y avait les Latins, les Syriens, les Maronites et les Byzantins  » indique le Père Mokhles El Masri.

 » Par négociations pacifiques (1333-1335), le roi et la reine de Naples, Robert d’Anjou et Sancha de Majorque, ont réussi à obtenir légalement du sultan d’Égypte En-Naser Mouhammed la réouverture au culte chrétien des quatre principaux sanctuaires de Terre Sainte. Cet événement de grande importance historique a été exalté et confirmé en 1342 par deux bulles du pape Clément VI. Le roi et la reine de Naples ont confié les quatre sanctuaires aux frères franciscains. A cette occasion, comme à l’époque des croisades (1099-1291), les religieux des divers rites orientaux ont été admis à célébrer leurs offices liturgiques dans trois églises, à leurs autels respectifs. » (d’après Sabino de Sandoli : La libération pacifique des Lieux Saints (The Franciscan Centre of Christian Oriental Studies).

Description: Serafino da Baceno a conçu la cathédrale qui est consacrée par l’archevêque Berbetu Goasko le 25 novembre 1850. Le toit est incrusté de grands cadres ronds avec des portraits des Saints : Cyril, Antoine et Athanase. Les images des quatre évangélistes sont peintes aux quatre coins de la coupole. Un des autels latéraux renferme la statue qui représente Saint François d’Assise, entourée de deux statues représentant le roi Louis IX et Sainte Elisabeth. L’ambon en bois est décoré des scènes sculptées représentant la vie de Sainte Catherine et son martyr. Le portrait de Sainte Clara apparait à la partie supérieure de l’abside de l’autel, qui renferme une grande icône de Sainte Catherine remontant à 1948.

Sainte Sabine :  Sainte Sabine est née en Italie au quatrième siècle et elle a été martyrisée comme chrétienne.  » Au début du dix-neuvième siècle il y avait une tradition qui n’existe plus aujourd’hui, selon laquelle le Pape donne à chaque famille noble le corps d’un saint pour la bénédiction de la famille. Le Pape a donné à la femme du consul d’Italie à Alexandrie le corps de Sainte Sabine. En finissant sa mission à Alexandrie, sa femme l’a convaincu de laisser le corps de Sainte Sabine à la Cathédrale de Sainte Catherine pour la bénédiction des fidèles » indique M. Nadim Canawati, responsable des relations publiques à la cathédrale. Depuis, le corps de Sainte Sabine repose dans une vitrine, dans une chambre qui se trouve à droite de l’entrée de la Cathédrale, avec une coupe qui renferme le sang de la sainte.

Le roi Victor Emmanuel : derrière le sanctuaire se trouve la tombe du roi d’Italie Victor Emmanuel. Victor Emmanuel est le dernier roi d’Italie, qui a choisi de partir en exil à Alexandrie ou se trouvait une grande communauté italienne. Il est venu à Alexandrie en 1945 après la 2ème guerre mondiale. » En l’an 1947 il est enterré dans une tombe qui se trouve derrière le sanctuaire de la cathédrale, ce jusqu’à ce 27 décembre 2017 où la Famille royale italienne a décidé de rapatrier le corps » ajoute M. Nadim Canawati.

Saint François d’Assise : Saint François d’Assise est venu en Égypte en l’an 1219 pendant les Croisades pour visiter le roi Al Kamil al Ayoubi à Damiette, et signer avec lui le traité de paix qui a mis fin aux campagnes des Croisades.  » Cette année on célèbre les 800 ans de cette visite de Saint François d’Assise, qui a fondé le monachisme Franciscain en Égypte » précise le Père Mokhles El Masri.

Naguib Mahfouz avec Hani Sawiris (photos).

2/ La Cathédrale de Saint Marc L’évangéliste à Alexandrie : témoin de 2000 ans d’histoire de l’Église copte.

La Cathédrale Saint Marc à Alexandrie est considérée comme la plus ancienne église en Afrique. La date de sa construction remonte au premier siècle quand Saint Marc l’évangéliste est venu en Égypte prêcher la foi chrétienne. «  Saint Marc est arrivé à Alexandrie, à cette époque un grand centre culturel, scientifique et religieux dans le monde antique, et a vécu dans une maison qui est devenue le centre de la prédication et dont la tradition  ecclésiastique nous dit qu’elle a été édifiée à l’endroit de l’édifice actuel de la Cathédrale  »  raconte le Père Macarious, prêtre de la cathédrale et enseignant de l’Histoire de l’Église à la Faculté des Sciences théologiques. L’ancien édifice, après avoir été fondé par Saint Marc l’Apôtre, a vécu des événements qui ont mené à sa destruction et ensuite à sa reconstruction.

« Au 4ème siècle, le bâtiment a été entièrement détruit pendant le règne de Dioclétien, l’empereur Romain qui a ordonné la persécution des chrétiens et la destruction des églises. Au 7ème siècle, l’ancien mur d’Alexandrie, des églises et des monastères y compris l’église de Saint Marc, avec tous les bâtiments qui ressemblent aux forts, ont été démolis » nous apprend le Père Macarious. Le roi Saladin craignait que les Croisés se protègent dans l’église et l’utilisent comme forteresse.

Au temps de l’expédition française, au 18ème siècle, l’église existante a été complètement détruite par les soldats de Napoléon.  Puis les Coptes ont pu obtenir un décret de Muhammad Ali Pacha en 1818, leur permettant de collecter des fonds pour la construction d’une nouvelle église sur le même emplacement. Ils ont achevé la construction de l’église en un an … et le pape Pierre VII (Gawli) (pape 109) a consacré le bâtiment, en 1819. Sous la papauté de Démétrius II (pape 111), l’église fut renouvelée entre 1869 et 1870. « Il a été placé dans l’église un iconostase en marbre de style grec, qui existe encore aujourd’hui« , souligne le pasteur de la cathédrale.

Sous le Pape Yousab II (pape 115), l’église Saint Marc a été renouvelée et reconstruite et embellie sur une plus grande surface, entre 1950 et 1952, et consacrée et inaugurée après l’achèvement des travaux de rénovation, le 9 novembre 1952. Sous la papauté de Shenouda III (Pape 117), entre 1985 et 1990, l’église fut agrandie à l’ouest, dans le même style exactement, la superficie totale ayant doublé.

« Le dimanche des Rameaux, le 9 avril 2017, l’église a été soumise  à un attentat terroriste qui a tué 9 martyres coptes, » déclare le Père Macarious, ému et triste. Enfin « en 2019 une mission est venue de Grèce présenter un projet de restauration des icones en leur redonnant leur couleur d’origine, avec des travaux sur une longue période. »

Description : la Cathédrale Saint Marc est construite dans le style basilical en forme rectangulaire. L’iconostase emblématique en marbre (cloison décorée d’images, d’icônes, qui sépare la nef du sanctuaire), construite à la fin du 19ème siècle, a été conservé après avoir été découpé, numéroté et levé par un expert italien, avant d’être réinstallé sur une surface plus étendue. Il est différent de tout autre iconostase, car il est en marbre et non en bois, avec trois portes qui mènent aux trois sanctuaires.

Le sanctuaire du milieu est dédié au nom de Saint Marc, et à l’intérieur se trouve une abside orientale. Le sanctuaire nord est dédié à l’Archange Michel, et à l’intérieur se trouve une abside orientale. Le sanctuaire sud est dédié à Saint Georges. Ces sanctuaires ont été consacrés en novembre 1952, à l’ouverture de la cathédrale sous la Papauté de Yousab II.

Au centre de la Cathédrale on trouve l’église (secondaire) de Saint Antoine, située dans la partie supérieure nord, dédiée à Saint Antoine et à Saint Shenouda l’archimandrite (chef de paroisse). Elle a été construite en 1975 par le père Antonius, curé de l’église et vicaire patriarcal. Le sanctuaire de l’église de Saint Ménas, situé dans la partie supérieure, a été construit en 1963 par le Pape Cyril VI (Pape 116) qui aimait y prier quotidiennement pendant son séjour à Alexandrie. On a encore le sanctuaire de l’église de Saint Abraam, petite église située sous la Chapelle de Saint Marc (au dessous du côté nord-est), et le sanctuaire de l’église Saint-Abanoub – petite église située sous le côté nord-ouest, à côté du Baptême. Sur le côté nord-est de la cathédrale, à côté des trois sanctuaires, se trouve la Chapelle avec une partie du corps de Saint Marc, surmontée d’une ancienne icône de Saint-Marc recouverte d’argent. Elle contient également des fragments des reliques de Saint Anianus, deuxième patriarche. Il y a aussi une icône archéologique représentant la Vierge Marie tenant le Christ avec un globe. En face de l’icône de Saint Marc se trouve une lampe allumée.

La Tombe des patriarches : son entrée se situe au centre de l’église, du côté sud. Elle abrite les reliques des patriarches, les successeurs de Saint Marc, jusqu’au milieu du XIe siècle (1066 après JC). Leurs noms ont été écrits par Badi ‘Abd al-Malik Ghattas sur un tableau en marbre en langues copte, arabe et anglaise.

Pendant la papauté de Cyril VI (Pape 116) en 1970 et à l’occasion du retour d’une partie des reliques de Saint Marc (d’Italie en Égypte), des peintures murales en mosaïque ont été réalisées : icône de Saint Marc, au-dessus de la porte de la tombe des patriarches; en pénétrant dans le lieu, une petite salle d’accueil est ornée d’une série de peintures en mosaïque qui racontent la vie de Saint Marc, de sa prédication et de son martyr, jusqu’au retour de ses reliques en Égypte. Ces peintures ont été réalisées par les artistes Farag Fanous et Mansour Ishaq en 1970.

Naguib Mahfouz avec Hani Sawiris (photos)

Le quotidien Le Progrès égyptien a consacré un article aux églises d’Alexandrie, en septembre 2019 : à lire ici

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s