La « voie » de Yasmine Hussein

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Yasmine Hussein dirige aujourd’hui « Darb 1718 », un centre d’art contemporain au Caire. Cette Alexandrine a dû, comme beaucoup d’autres, quitter sa ville d’origine pour donner une nouvelle dimension à sa carrière. Elle nous parle de ce lieu voué à l’art d’aujourd’hui, au service des artistes.

« Darb 1718 » est un centre culturel multidisciplinaire et un espace pour l’art contemporain, créé au Caire par l’artiste Moataz Nasr. Yasmine Hussein en a pris la direction en 2019. Elle fait donc aujourd’hui partie de ces Alexandrins, connus pour être attachés à leur ville d’origine, qui ont dû partir pour développer leur carrière. Mais cette jeune et belle femme, parfaitement francophone, a déjà beaucoup voyagé. Élève de l’École Notre Dame de Sion, elle a fait ses études universitaires en France, y a travaillé à l’Institut du monde arabe et à l’Unesco. De retour en Égypte elle a travaillé comme chercheuse à la Bibliothèque d’Alexandrie pendant dix ans, tout en faisant partie de l’équipe ayant organisé Nassim El Raqs, festival de danse contemporaine dans les espaces publics, à Alexandrie.

Rencontrée à « Darb 1718 », elle nous parle de l’activité du lieu et des dernières expositions présentées, notamment l’exposition Cairographie (inaugurée en novembre).

Vous avez présenté simultanément une Carte blanche à une artiste et l‘exposition collective Cairographie. Pouvez-vous en dire quelques mots ? Et pourquoi ne pas faire une présentation à Alexandrie ?

Cette Carte blanche à Amina Kadous est le résultat d’un projet en coopération avec l’association Elsafar à Paris, intitulé « Sur les pas d’Ibn Batouta », le grand voyageur arabe, qui concernait plusieurs pays. Il s’agissait d’une compétition pour les artistes photographes sur le thème « les jeunes » : qu’est-ce que c’est d’être jeune, comment ? La compétition a commencé en juin dernier, et c’est une jeune égyptienne, Amina Kadous , qui a remporté le prix. La deuxième partie du partenariat consistait à faire une exposition du travail d’Amina, mais à Darb on a souhaité donner une chance à tous les jeunes photographes ayant participé. C’est la deuxième exposition, Cairographie, qui est par ailleurs une grande exposition photo qui se déroule chaque deux ans.

J’avais l’idée de partir après à Alexandrie, mais on attend d’avoir un peu d’argent pour pouvoir réaliser le projet.

En visitant l’exposition, on trouve une diversité de photos, de tous les goûts. Est-ce que la sélection et la présentation a été facile en un même lieu ?

Ça n’a jamais été facile de rassembler plusieurs points de vue de différents artistes en un seul lieu, il fallait de la créativité pour savoir quel artiste mettre à côté de l’autre. C’est un travail qui n’a pas été aisé, mais Darb 1718 est un des rares lieux en Égypte qui fait ça, qui travaille avec l’artiste pour exposer son travail. Aussi, Motaz Nassr, grand artiste et créateur de Darb, a aidé à la sélection.

Est-ce que vous pourriez nous parler du thème : « La jeunesse » ?

Qu’est-ce que la jeunesse ? C’est la jeunesse de l’âge ou bien de l’esprit ? Que sentent les jeunes, comment ils vivent et comprennent leur jeunesse ? Et ceux qui ont plus de 45 ans, est-ce qu’ils se sentent jeunes ou pas ? C’est un thème très large mais en même temps très important, dans un moment difficile pour le monde entier, pas seulement en Égypte. Les jeunes sont presque la moitié de la population en Égypte et dans le monde arabe, donc on doit faire un peu d’effort pour mieux comprendre cet état d’âme, d’être « jeune ».

Qu’est- ce que vous avez découvert, avec cette expérience ?

On a découvert que beaucoup de jeunes regardent en arrière, ou bien dans leur histoire personnelle ou bien dans celle de l’Égypte. Les jeunes essayent de trouver l’origine de leur « voie ». C’est très bizarre, parce qu’en France et dans les autres pays les jeunes regardent vers le futur.

Quelles différences trouvez-vous entre les jeunes Alexandrins et ceux du Caire ?

Il n’y a pas de grandes différences, mais je peux dire que les jeunes à Alexandrie sont plus romantiques, plus profonds, ils aiment davantage la littérature et l’art. Je pense que la présence de la mer leur donne ce côté un peu romantique, au Caire ils sont plus rapides. Mais dans la manière d’être et les goûts, ils se ressemblent.

Quel était le plus grand défi que vous avez rencontré en préparant cette expo ?

Le plus grand défi était de pouvoir choisir les œuvres d’art, il y avait beaucoup plus de matériel que je voulais exposer, mais il n’y avait pas moyen, soit manque l’argent, soit manque de place.

Le site internet de Darb 1718

Article en français sur Darb 1718

Quelles sont les événements qui accompagnent l’expo ?

On a chaque jeudi un concert, la plupart des artistes et le public sont des jeunes, et chaque dimanche c’est la projection d’un film. A Darb, il y a toujours quelque chose qui se passe.

Quels sont vos prochains projets ?

Pour l’instant, on prépare 2020. On a plusieurs projets, mais j’aimerais bien travailler avec des artistes africains, qui sont en partenariat avec des artistes égyptiens. Et je partirai la semaine prochaine au Mali…

Vous-même vous êtes photographe, où exposez-vous vos œuvres ?

Je n’expose pas à Darb, c’est difficile d’être la directrice et d’exposer en même temps ! Mais j’expose toujours à Alexandrie : ainsi j’aurai une exposition en février, dans un lieu qui s’appelle B’sarya.

Propos recueillis par Ingy Samer

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