La joie de vivre de Mona Magdalany

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Animée par l’amour des langues, Mona Magdalany a dédié sa vie à la francophonie. Enseignante, puis proviseure, femme indépendante avant tout, cette fervente militante du théâtre scolaire francophone raconte ses passions.

Cet article a été publié par Al Ahram Hebdo, le 26 février 2020

 «Je dois au Liban ma joie de vivre et ma détermination. Je dois à l’Egypte mon sens de l’humour et ma débrouillardise. Et je dois à la France mon esprit critique et ma manière de penser», affirme Mona Magdalany, enseignante, ancienne proviseure du collège de la Mère de Dieu et animatrice de théâtre, qui a été décorée, en avril 2019, chevalière de l’Ordre des Palmes académiques pour ses efforts déployés dans le domaine de la francophonie.

Égyptienne de naissance, elle est syrienne du côté de sa mère et libanaise du côté de son père. Si la famille Magdalany a par ailleurs donné au Liban un certain nombre de politiciens, elle est, pour sa part, très loin de la politique.

Son identité libanaise a été une découverte pour elle, en 2013, lorsqu’elle a passé un séjour à Beyrouth pour des études de master en coordination scolaire et conseil pédagogique à l’Université Saint-Joseph. « Tu es différente », lui avait-on toujours dit, mais elle ne savait pas trop pourquoi. Après ce court passage à Beyrouth, elle a compris que cela provenait probablement de ses origines libanaises. « Mes gènes libanais expliquent en quelque sorte ma joie de vivre, mes tendances libérales, cet entêtement… », dit-elle.

En deuxième primaire, élève à La Mère de Dieu, elle s’est mise en tête de porter des lunettes, comme la plupart de ses camarades de classe. Elle a établi tout un plan pour convaincre sa mère, lui disant qu’elle ne voyait pas bien au tableau. Mais son plan a mal tourné : l’ophtalmologue lui a prescrit de l’huile de poisson comme fortifiant et non pas des lunettes !

Passion des Lettres et de l’enseignement

Passionnée par les langues et la littérature, Mona Magdalany a choisi, des années plus tard, d’intégrer la faculté des lettres, section française.

« Les années de la faculté ont été très marquantes. Hormis la culture littéraire et l’historique du pays dont j’apprenais la langue depuis mon plus jeune âge, le travail d’analyse m’enchantait, ça faisait partie de ma nature et là, c’était l’occasion d’en étudier les bases et de l’appliquer à des textes du programme aussi bien que dans des situations de la vie quotidienne », précise-t-elle. Sans trop d’efforts, l’étudiante était 3e ou 4e de sa promotion, avec des mentions variant entre très bien et excellent. La littérature était pour elle un vrai plaisir, mais elle rêvait aussi de faire carrière dans le monde du management et des affaires.

Dans le cadre d’un poste de remplacement au Collège de La Mère de Dieu en juillet 2000, elle découvre sa passion pour l’enseignement. Un vrai coup de cœur. « Je suis littéralement tombée amoureuse de ce métier, qui est devenu pour moi une passion et une mission. Quelle joie de voir une élève qui parvient à vaincre sa timidité et à parler en public ! Quelle joie de voir une élève gagner confiance en elle-même ! Quelle joie de voir les yeux d’une élève pétiller parce qu’elle a bien compris la leçon ! La classe, c’est comme une terre fertile. Un autre monde », souligne Mona Magdalany. Et d’ajouter : « Au bout d’un ou deux mois, j’ai compris que c’était là que je voulais passer ma vie et non au sein d’une entreprise ».

En classe, Mona Magdalany a appris à respecter les différences entre les étudiants et à mettre en lumière les points forts de tout un chacun. « C’est comme ça que je gérais ma classe», lance-t-elle fièrement. Et c’est ainsi qu’elle a été professeure à La Mère de Dieu d’Alexandrie de septembre 2000 à juillet 2019. En effet, elle a continué à enseigner, même après avoir été nommée proviseure. Elle a d’abord passé une année comme adjointe du proviseur, puis, en septembre 2012, elle a pris la direction.

Etre proviseure ne faisait pas partie de ses rêves. Elle préférait la liberté dont bénéficiait l’enseignante, mais elle a quand même tenu le coup pendant 7 ans. Il a fallu sortir de sa zone de confort en tant qu’enseignante de cours magistral, pour tenir un poste de pouvoir. « La motivation, c’est le mot-clé qui permet de réaliser et de construire quelque chose en travaillant avec des êtres humains. Quand on cherche à être performant, dans l’usine des êtres humains, il faut savoir les motiver », souligne la pédagogue.

Et vint le théâtre…

En 2002, elle se découvre aussi un autre talent, celui d’animatrice de théâtre. Depuis, elle met en scène une pièce de théâtre par an. Elle a commencé par L’Anglais tel qu’on le parle, un vaudeville en un acte de Tristan Bernard, datant de 1899. L’année d’après, elle a fait une adaptation de l’œuvre de l’auteure contemporaine Sylvaine Hinglais, Souvenir, ô souvenir.

Travaillant de près avec les comédiennes en herbe qu’elle a pu former, elle aborde des sujets qui les préoccupent et suit parfois aussi l’actualité. Ainsi, elle peut soulever, à travers ses pièces, les sujets les plus divers, tels la société de consommation, le sentiment de peur, la pollution, la langue française, l’histoire du cinéma, l’attente du prince charmant, etc. « Le théâtre est aussi un beau moyen d’apprentissage. Les élèves se transforment complètement en faisant du théâtre. A la fin de l’année scolaire, elles apprennent à travailler en groupe, à mieux s’exprimer. Elles cherchent les informations utiles pour les intégrer dans la pièce de théâtre », souligne Mona Magdalany.

Ayant reçu plusieurs prix, elle a fini par former sa troupe de théâtre, Recto Verso, en 2016. Depuis, elle continue à produire ses pièces indépendamment des établissements scolaires. Par ailleurs, Mona Magdalany a été nommée vice-présidente du comité d’organisation du Festival égyptien scolaire du Théâtre international francophone, et, quelques années plus tard, elle en est devenue la co-présidente.

Ayant démissionné de son poste de proviseure à la Mère de Dieu, Mona Magdalany travaille aujourd’hui en tant que consultante en systèmes éducatifs et formations, tout en poursuivant ses activités en tant qu’auteure et metteure en scène indépendante •

Naguib Mahfouz Naguib

Photos d’Hani Sawiris

Retrouvez l’article complet d’Al Ahram Hebdo

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