Alexandrie, mon amour

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Des voix diverses, pour dire Alexandrie, pour chanter la ville d’autrefois et celle d’aujourd’hui. Avec simplicité et enthousiasme, parfois avec nostalgie, nos rédactrices disent leur amour pour leur cité.

Photo : dessin de Benoit Guillaume

Benoit Guillaume, en résidence à Alexandrie en novembre 2019, participera à la prochaine édition d’Ecrire la Méditerranée en tant qu’artiste invité.

Connais-tu l’Alexandrie post-cosmopolite ?

par Nermine Abdelaty

Quand on parle d’Alexandrie, on parle souvent de la ville cosmopolite. On parle des Italiens, des Grecs qui ont grandi ici. Mais on ne parle pas assez d’Alexandrie de l’ère post-cosmopolite :  Alexandrie de la perspective locale ! Moi, j’ai grandi ici et je voudrais bien vous montrer l’Alexandrie de mon enfance.

L’Alexandrie d’autrefois commence – pour moi – au centre-ville, sur la place Mehattet El-Raml. C’était autrefois ici la scène de la vie culturelle avec les cinémas les plus populaires ; “Amir” et “Metro” où on montrait habituellement les films américains les plus récents.

Comme enfant, je flânais avec ma famille dans les rues du centre-ville en mangeant une glace, en parlant et en riant. C’était notre habitude le jeudi après-midi ou durant le weekend.

Quand on avait faim, on pouvait aller manger une pizza “Chez Gaby”.  Si on avait envie d’une boisson ou d’un dessert … pas besoin de s’éloigner. On peut prendre quelque chose au Café royal, ou à la pâtisserie Délices. Tous ces établissements sont de remarquables témoins de la vie cosmopolite.

Le centre-ville : une odeur si particulière

La plus ancienne partie de la ville, c’est Bahary. Ce quartier se situe à l’ouest d’Alexandrie, à partir de Mansheya. Le paysage urbain et l’odeur de la ville changent : l’odeur de la mer et du poisson chatouille le nez des passants.

En marchant le long de la Corniche, on voit des vendeurs d’épis de maϊs grillés, de haricots bruns et jaunes ou encore de « fresca », comme les locaux ici appellent la gaufrette de glace. C’est depuis longtemps un snack populaire.

On flâne un peu et on se retrouve près de la citadelle, construite à l’ère des Mamelouks pour se protéger des attaquants. Le bâtiment a survécu aux événements du temps. Il raconte l’histoire d‘un port important, et de la septième merveille du monde antique, le phare d’Alexandrie.

Non loin de la citadelle, il y a le marché aux poissons, on ne peut pas le manquer en passant. Chaque mercredi matin, un grand marché aux poissons avait lieu dans ce bâtiment rond, tous les vendeurs de la ville viennent et y prennent leurs poissons ; mon père et beaucoup d’autres Alexandrins y sont venus. Le marché existe encore ; mais papa n’a plus besoin de manger de poisson !

Ici, se trouve aussi le centre culturel local d’Anfoushy. Autrefois, centres locaux et étrangers étaient le cœur de la vie culturelle. Maintenant c’est la célèbre bibliothèque d’Alexandrie qui domine la scène.

De temps en temps, je flâne et cherche l’Alexandrie d’autrefois ; l’Alexandrie de mon enfance. Mansheya, Mahattet El-Raml et Bahary. Ce que je faisais jeune, je peux toujours le faire. Je peux toujours manger des glaces, aller chez Gaby ou chez Amir. Mais la splendeur du centre-ville s’est éloignée.  Elle a disparu. Elle s’est déplacée vers les centres commerciaux comme Carrefour et les hypermarchés. Là-bas, on retrouve des vitrines lumineuses, des vêtements chers et des complexes de cinéma, de la restauration rapide et sa nourriture quelconque.

La ville s’est agrandie vers l’est. L’Alexandrie y a un autre visage, un visage quelquefois plus calme comme à Kafr Abdou, Roushdy et Loran ; quelquefois plus bruyant comme à Miami. Ces quartiers étaient déserts au début du XXème siècle, mais maintenant la classe moyenne supérieure y habite. Pourtant, les Tok-Toks (=un tricycle motorisé d’Asie) déboulent aussi à Kafr Abdou, comme dans les quartiers les plus démunis. Couleurs d’Alexandrie, toujours !

La classe moyenne habite à Smouha : ce quartier est devenu aussi un quartier très vivant et dense avec des banques ;  des écoles ; des cafés et des grands bâtiments.

L’Alexandrie de mon enfance n’existe plus ; mais je ne sais pas où elle est allée !

N.A.

Et ils me demandent pourquoi je t’aime (Lettre à Alexandrie)

par Chahira Mahmoud

Je ne sais ce que je peux dire à une ville qui me porte indéfectiblement. Ici j’ai vécu mon enfance et il me sera impossible de te quitter quand je serai adulte, comme font tous ceux qui rejoignent la capitale. Je te serai toujours fidèle parce que je t’aime !  À chaque fois que je ressens de l’angoisse, je descends tout de suite dans tes rues qui m’offrent un doux réconfort. Aux jours les plus stressants, ta mer est là pour me tranquilliser. J’aimais, j’aime et j’aimerai pour toujours ton histoire, ta culture, ta beauté et tous tes détails, ma belle sirène. Et maintenant laisse-moi t’exprimer tout cet amour.

D’abord, je commence avec ce que je préfère le plus de ton visage. Ta mer me ravit, ta mer  où je puise l’énergie pour vivre,  mon oxygène. Au  matin, je me lève et je m’assois sur ta plage. Je te contemple alors, je ne sais pas où va mon esprit, mais il s’échappe très loin. Je ferme les yeux et je sens ton air frais, j’entends le gazouillis de tes oiseaux. C’est d’ici que je t’écris cette lettre. C’est la meilleure place pour exprimer mes sentiments pour toi. Ta corniche où je me promène beaucoup, où je te parle, et où tu me réponds toujours avec la douceur de ta brise qui m’ouvre l’esprit. Et ils me demandent pourquoi je t’aime !

À chaque pas, je suis envahie de souvenirs inoubliables. La rue Fouad où je passe de bons moments avec mes amies, profitant de ses restaurants typiques. C’est ici où nous mangeons les poissons fraichement sortis de la mer, nous rions, nous nous amusons et plaisantons. Et tout cela est grâce à toi. Chaque fois que je vais avec ma mère boire un café dans un de tes bistrots populaires, le temps n’a plus de prise sur nous. Tu me rends toujours reconnaissante et pendant mes balades solitaires tu me transmets un enthousiasme infini. Et ils me demandent pourquoi je t’aime !

Parlons de ta majestueuse histoire qui m’étonne toujours. Belle ville où nous sentons un air égyptien, avec ses gens toujours serviables, solidaires. Quand je marche dans tes rues, je vois sans cesse tes habitants me sourire. Partout, on peut se faire des amis, on se comporte comme si on était une famille. Tout le monde ici t’aime et veut ton bien, il n’y a pas de place pour la haine sur ta terre. Et puis, on sent l’histoire en marchant dans tes anciens quartiers. Je regarde avec surprise l’architecture à Mansheya ou à Mehatet El Raml, et je me dis quelle splendeur ! Toi ma belle ville qui es âgée de plus de 2300 ans, toi  toujours jeune et la meilleure à mes yeux. Il y a tous tes monuments et ces  quartiers anciens où je sens le confort et la nostalgie, je ne peux pas oublier les bons moments passés là. Quand je pleure, tu me calmes. Quand je ris, c’est avec toi. Et ils me demandent pourquoi je t’aime !

Pour finir j’ai quelque chose à t’offrir. Aimeras-tu ce texte ?

C’est mon Alexandrie,

Une ville, disons aquatique.

C’est où je vivais quand j’étais petite

Et je ne peux jamais en partir.

En marchant dans ses rues,

Tu sentiras la danse de ton cœur,

Plein de souvenirs et d’histoires.

Dis-moi, où est-allée ta douleur ?

C. M., Ecole Girard

Flânerie fantasmagorique en Alexandrie

par Gisèle Mekawy

Je commence ma promenade à Bahari où se situe la Citadelle Qaitbay, entourée de restaurants et de cafétérias, face à une fontaine dansante au centre de la place. Il y a beaucoup de monde. Je déjeune dans un restaurant de poissons au bord de la mer, puis j’achète une glace avant de faire un tour dans les anciens quartiers de Bahari. Les routes y sont étroites, dessinant la beauté de l’ancienne ville, et on y trouve les vieux bâtiments et les maisons historiques comme la maison de Raya et Sakina.

Après, je reprends mon chemin sur la corniche bordée d’immenses gratte-ciel et de hauts bâtiments d’une architecture symétrique. Je passe par l’ancien marché à Mahatet El Raml, Al Mansheya et Bakous. Ces parties de la ville sont moins vivantes maintenant mais elles racontent toutes les histoires d’Alexandrie, avec les vieux immeubles de six étages et les hôtels du vieux temps qui ressemblent à des pièces d’art. Ils nous rappellent les années cinquante et soixante. La ville a beaucoup changé depuis.

Avant que mon circuit se termine, j’aimerais admirer le coucher de soleil au bord de la mer où les courants d’air rafraîchissent l’âme et apaisent les nerfs. Je tombe tout de suite sous le charme du lieu et je ne peux même pas fermer les yeux. J’ai trop peur de perdre ne serait-ce qu’une seule seconde de ce spectacle paradisiaque. Les légères vagues bleues qui se poussent jusqu’à la plage au-dessous d’un ciel rose-orangé forment un mélange féerique de couleurs, garni de nuages blancs tels des morceaux de coton. Quand meurt le dernier rayon de soleil, toutes les lampes s’allument et on voit la ville éclairée devenir à son tour une étoile si brillante dans la nuit.

G. M., École Girard

Ô Alexandrie

par Hana el Kady

Ô Alexandrie, la sole colossale qui est venue s’enterrer sur la côte de l’Égypte, la ville horizontale pleine de distractions, où les amants errent bras dessus bras dessous en reniflant l’odeur prodigieuse de la Méditerranée, le portillon d’un grand monde fantastique plein d’histoires et de contes, plein de combats et d’amours. Dès la première vue, vous lui devez un coup de foudre.

Toute-puissante Alexandrie ! Chacun partage avec ses artères et ses culs-de-sac ténébreux des souvenirs. Chacun l’associe à ses vendeurs qui se transportent en drojki. Même si elle se caractérisait par ses embouteillages, vous l’aimeriez une fois sa réalité découverte. Elle respire la joie, elle efface l’ennui.

Vous l’admirerez  en contemplant ses crépuscules précoces ou son soleil matinal, à demi couvert de nuages et chamarrant le ciel des plus belles couleurs. Ses lampadaires situés partout illuminent ses venelles qui serpentent dans les quartiers faits d’immeubles simples et imposants. Ses monuments célèbres se répartissent le long de la corniche ou plus loin, près des lieux pédagogiques. Sa bibliothèque animée rayonne de son aura, ses parcs d’agrément appellent à la joie et dessinent les sourires.

Cette ville m’a vu naitre et m’a fait grandir, avec ses lacs, son vent pur, ses écoles,  ses  habitants affables. Enfin, je m’adresse à Alexandrie pour dire le charme que je ressens. Je prie Dieu de la préserver pour toujours.

H. el K., Ecole Girard

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